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Lettre ouverte à Madame le Procureur de la République

Analyse et dénonciation, à travers un exemple, des effets sur les personnes de la répression par inculpation judiciaire. Explication de pourquoi la "justice" suscite tant de haine...

Chère Madame,

Vous m’avez fait inculper un 11 juin 2011, parce que la veille, j’avais scotché des affiches faisant l’historique des mouvements étudiants et de leurs répressions sur Lyon 2 depuis 2007 sur un mur situé dans l’enceinte de l’université Lyon 2.
Lyon 2 vous a alors vraisemblablement téléphoné pour se plaindre, et vous avez décidé d’agir...

J’ai pris connaissance de cette inculpation et j’ai signé ce papier le 24 juin 2011. Un vendredi.
Sur le papier, j’étais qualifiée, notamment, de « malveillante ».

Je suis sortie du commissariat et là, le monde est devenu une douleur sidérante, une morsure : celle de l’accusation injuste.
J’étais la victime et vous avez fait, par vos mots, de moi une coupable.

Vous avez été suivie par un tribunal à un juge dont l’huissier appariteur nous a dit, en discutant avec mon avocat : « vous n’avez pas de chance »…avant même le début de l’audience.
Je ne savais pas que la justice avait à voir avec la chance, plutôt qu’avec le juste.

Vous ne connaissez pas, Madame le Procureur, les nuits blanches de l’été 2011. Celles passées dans la rage impuissante face à l’inculpation qui vous cloue.

Chaque week end de cet été, je l’ai passé en nuits blanches, en journées noires.

Vous ne connaissez pas, Madame le Procureur, les années de vie transformées en supplice par votre inculpation. Parce qu’une inculpation, ce n’est pas seulement une peine après un verdict. C’est aussi tout ce qu’il y a avant : l’audience et sa solennité non pour rendre le juste, mais pour vous écraser, vous coller bien à la glu l’étiquette de sale racaille sur la figure, sans chercher à savoir. Sans être capable d’entendre la vérité parce qu’elle est trop inaudible.
Vous étiez une étudiante brillante, prometteuse, on vous voyait déjà prof de fac, collègue : vous êtes maintenant, pour tous, une sale racaille incivile, vos résultats on les a ensevelis sous cette boue infâmante, amplifiée par votre initiative, Madame le Procureur. Gravée dans le marbre par le verdict de vos collègues qui écrivent, quasiment noir sur blanc, dans le jugement d’appel, que la culpabilité se déduit de l’inculpation ...

Une inculpation, ce n’est pas seulement une peine après un verdict.
C’est aussi la honte du « comment expliquer ce qui m’arrive à mes amis, à ma famille ».
Parce que même si vous n’êtes pas coupable, une fois qu’on vous a clouée avec le papier rose, vous avez honte comme si vous aviez fait quelque chose de mal.

Une inculpation, ce n’est pas seulement une peine après un verdict.

C’est donc aussi éviter, durant toutes ces années, de voir des gens pour éviter d’avoir à leur donner de vos nouvelles, parce que leur donner de vos nouvelles impliquerait de parler de ça.
C’est, dans mon cas, suspendre les reprises de contact avec des membres de ma famille d’origine que j’avais prévu de faire, une fois mon mémoire de recherche rédigé.

Suspension aux conséquences tragiques : il y a ceux qui meurent entre temps…ceux pas revus depuis mes 18 ans, depuis que j’ai fui cette famille pour fuir la violence de mes parents, de mon père, envers moi.

Ces personnes que je n’avais pas revues depuis 20 ans, je voulais leur apporter la vérité sur mon histoire : je voulais sonner à leur porte avec le mémoire en mains. Le mémoire qui parlait d’histoires semblables à la mienne. Le mémoire qui avait eu 18/20.

Je voulais leur dire la vérité sur mon père. J’hésitais à sonner à leur porte…il est dur de venir ainsi, 20 ans plus tard, expliquer une absence, parler mal du frère, du parent par alliance, pas du fils car eux, les parents, ils étaient déjà morts et quelque part…c’est peut-être tant mieux, qu’ils n’entendent jamais cet outrage commis par leur fils. Je ne voulais briser personne et c’était cela qui me faisait hésiter. J’avais peur, aussi, qu’on ne me croie pas et qu’on me rejette…
Il m’aurait fallu du temps pour mettre un pied devant l’autre jusqu’à leurs portes.

J’avais commencé à le faire avec certain.e.s.
Mais vous êtes arrivée, avec votre papier rose accusateur, et j’ai renoncé à me présenter ainsi : comment aurais-je parlé de mon mémoire, s’il ne pouvait être poursuivi ?
Comment aurais-je expliqué qu’avec 18/20, je n’étais pas en thèse ?

Il aurait fallu parler du papier rose, à des gens du peuple. Des gens qui croient en vous. Qui croient en votre justesse.
Qui croient que vous n’accusez pas à tort, à la va vite.
Qui croient, comme je le croyais moi-même avant de vous connaître, que les vies sont jugées avec sérieux. Alors qu’en réalité, les stéréotypes ont aujourd’hui plus d’influence sur votre jugement, que les preuves.

(...)



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