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Loi Travail Versus Femmes

En tant que féministe j’ai l’impression de défoncer une porte ouverte en venant vous parler de ce que la loi El Khomri va faire aux femmes dans le monde du travail ( et sa résurgence dans les sphères du privé). C’est quand même toujours bon de faire une piqûre de rappel surtout qu’à ma grande surprise cela est ressorti dans les tribunes de plusieurs médias, qu’ils soient généralistes ou alternatifs.

Partons déjà du présent et de la situation des femmes face au monde du travail en France :

Elles occupent déjà 80% des emplois à temps partiel donc ont toujours été en première ligne de précarité. Elles continuent de gagner en moyenne un quart de moins que leurs homologues masculins. La France se classe 132ème en matière d’égalité salariale sur 145 pays.
Dans les hautes sphères , pour celles qui passent la sélection elles auront le droit au même égard avec là-aussi des différences de salaire en moyenne de 25% à poste égal. Alors que les lois sur l’égalité salariale sont pourtant bien votées. Pour les petites mains de l’aide à la personne ou liées aux services(ménage) elles ont souvent rencontré une absence de protection syndicale , des avantages sociaux tout aussi réduits et toute la myriade de petits désagréments par rapport au temps de transport , au volume horaire et à la flexibilité oubliant l’humain qui fait la tâche derrière l’objet de sa mission.Et on finira pas la double journée de travail qui malgré les soi-disant évolutions de la société , laisse à la charge des femmes les tâches dites domestiques et la plupart des autres activités liées aux enfants.

Avec la loi travail , le peu de droits des femmes va simplement voler en éclat. Parce que dans cette société toujours patriarcale on sait bien que les avancées contre les réflexes sexistes ne sont jamais arrivées par la bonne volonté de tous mais bien par une imposition ( et encore).
Donc , étant donné que les obligations des employeurs sont encore allégées : les négociations annuelles pouvant devenir triennales, les accords d’entreprise primeront sur les accords de branche, et la durée de vie des accords sera limitée à 5 ans, sans garantie de maintien des avantages acquis ! Bye bye l’égalité professionnelle …

La flexibilité tellement recherchée va juste finir par taillader les travailleuses plutôt que les rendre plus productives. La loi augmente les durées maximum de travail, notamment pour les cadres, et renforce les possibilités pour l’employeur de modifier de façon unilatérale les horaires et le temps de travail sans déclencher d’heures sup. Pour les salarié-es à temps partiel, c’est la double peine : un salaire partiel, une précarité maximum, et des heures supplémentaires qui seront demain encore moins bien payées ! La majoration de leurs heures complémentaires est déjà deux fois plus faible que celle des salarié-es à temps plein, qu’à cela ne tienne, le projet de loi rajoute encore de la discrimination : le taux de majoration légal ne sera plus que de 10%, alors qu’il atteignait 25% actuellement. Entre le recours à de tous petits contrats (1 ou 2 h hebdomadaires) (sans prendre en compte les temps de transport pour arriver sur son/ses lieux de travail )et les délais de prévenance en cas de changement d’horaires pouvant être réduits à 3 jours au lieu de 7 actuellement c’est bien le temps de vie qu’on fait disparaître. Et ne parlons pas de la remise en cause des congés...

Les facilités de licenciement ne seront là que pour faire encore plus peur aux personnes en poste , pouvant être véritablement virées sans raisons concrètes ( hors fautes graves , le licenciement avant pouvait être dû aussi à des problèmes économiques , avec la loi travail , il n’y a aura plus besoin de ce genre d’excuses pour licencier)
Donc devoir toujours plus accepter les cadences infernales , les prises de risque et le fait de se faire traiter comme une bête. On peut imaginer comment le sexisme va pouvoir s’induire dans ce genre de rapport de force. Si tu n’es pas gentille , jolie , docile tu risques de prendre la porte. On avait déjà du mal à traiter les questions de harcèlement au travail , on va revenir au droit de cuissage salarial.
Comment pouvoir refuser quelque chose à son patron , si on sait qu’on a une épée de Damoclès sur la nuque. Et même sans aller vers les recoins les plus glauques des mésaventures salariales on pourra vite voir s’imposer une triple journée de travail pour les femmes , devant accepter de faire aussi le sale boulot ( ménager) sur son lieu de travail , en plus de chez elle , pour justement être bien vue de son tyran qui peut lui dire ou non si elle peut avoir sa rémunération.

Le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle met justement en garde face à « un déséquilibre qui apparaît dans ce texte en défaveur des salarié(e)s et singulièrement des femmes », « Même si ces mesures ne visent pas explicitement une dégradation de la situation des femmes, elles auront un impact négatif sur elles. Il s’agit bien d’un risque de discrimination indirecte. »

Le Medef , lui, botte en touche et a refusé de se prononcer sur l’impact du projet de loi en termes d’égalité hommes-femmes. Mais nous ne sommes pas dupes.
Certains articles du futur Code du travail sont même « moins-disant » par rapport aux règles européennes. « Ces mesures sont particulièrement défavorables aux femmes, pour qui cela peut signifier d’être obligées de renoncer à son emploi. Car du fait d’autres charges qu’elles assument, elles ont beaucoup moins de possibilités d’adaptation »,

Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif pour les droits des femmes qui fait partie des signataires d’une tribune qui s’inquiète de cette loi, constate que les femmes sont "les premières touchées par le chômage, la précarité, les inégalités de salaire, de retraite et le temps partiel subi. Elles sont majoritairement en charge des tâches domestiques et familiales, minoritaires dans les postes de responsabilité et trop souvent victimes de multiples formes de violence".

La loi Macron avait déjà donné la possibilité de travailler jusqu’à 12 dimanches par an (au lieu de 5), mesure qui touchait plus les femmes que les hommes car les emplois concernés (vendeurs, vendeuses) sont majoritairement féminins.Rappelons là-aussi que 85 % des cas de familles monoparentales, le parent est une femme.

Alors pour toutes ses raisons , voilà pourquoi nous ne devons pas laisser passer cette loi anti-ouvrière et anti-femmes. Et personne ne se battra à notre place pour renverser la vapeur.



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