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Mossoul, reconquérir la ville, et après ?

La bataille de Mossoul a commencé. Le premier ministre irakien Haïdar Al-Abadi et le président américain Barack Obama ont promis la défaite imminente de l’organisation de l’État islamique (OEI). La bataille qui s’engage au cœur du « califat » s’annonce toutefois bien plus complexe que prévu. Plus encore, il n’est pas dit qu’elle parvienne à mettre fin aux violences qui rongent l’Irak depuis plus de treize ans et qu’elle puisse ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire du pays.

« Nous nous tenons à vos côtés, comme vous vous tenez auprès de nous. Avec l’aide de Dieu, la victoire est proche. Aujourd’hui, nous avançons ; demain, nous vaincrons et travaillerons ensemble pour rétablir la vie, les services et la stabilité dans chaque ville et chaque village. » Par cette annonce, diffusée le 4 octobre 2016 sur les ondes de la radio irakienne, le premier ministre Haïdar Al-Abadi promettait à Mossoul, tombée il y a deux ans, la défaite imminente de l’organisation de l’État islamique (OEI). Son de cloche analogue à Washington, où Barack Obama affirmait libérer la ville du joug djihadiste avant la fin de son mandat.

Les regards du monde entier sont tournés depuis plusieurs mois vers Mossoul, où l’opération « Conquête » (« Fatah ») a formellement débuté fin mars dans la zone de Makhmour et vise à libérer la province de Ninive par le biais d’une coalition de forces hétéroclites et sur fond de bombardements occidentaux intensifiés. Joseph Votel, commandant du centre opérationnel de l’armée américaine (Commandement central des États-Unis, Centcom), évoquait en août 2016 une reprise de Mossoul « avant la fin de l’année ». Depuis, les déclarations concernant l’assaut sur la deuxième plus importante agglomération d’Irak se sont multipliées, de même que les commentaires sur les chances de réussite de cette opération périlleuse. Or, si les pronostics vont bon train quant à la « libération » à venir, peu s’interrogent sur le « jour d’après », qui n’est pas sans soulever une série d’interrogations tout aussi fondamentales tant les divisions sous-jacentes au combat contre l’OEI restent nombreuses — renvoyant ici dos à dos peshmergas kurdes, milices chiites, armée irakienne et combattants sunnites. Certains n’hésitent pas à décrire Mossoul comme la prochaine Alep, lorsqu’ils n’évoquent pas un enfer potentiellement comparable à celui de Stalingrad.

Trois aspects essentiels sont paradoxalement peu évoqués dans l’abondante couverture de la bataille : quel sera l’avenir de Mossoul, alors que des villes telles que Ramadi et Fallouja ont été dévastées par les opérations militaires passées ? Quel sera aussi celui des Arabes sunnites, notamment à Ninive ? Dans quelle mesure la question de Mossoul pourrait-elle déterminer la survie (ou non) d’un État irakien en état de faillite structurelle depuis de longues années ? Sans administration tangible, nationale et locale, et sans représentation politique sunnite à la hauteur des enjeux, un retour à la stabilité est loin d’être acquis. Sans doute serait-il judicieux, de ce point de vue, de redonner la parole aux Irakiens, et plus particulièrement aux voix de Mossoul. Un million de civils pourraient, en effet, être déplacés durant ce siège, faisant peser le risque d’autres « guerres civiles après la guerre civile ».


P.-S.

L’auteure de l’article : Myriam Benraad, Spécialiste de l’Irak et du Moyen-Orient, chercheuse associée à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (Iremam). Consultante pour plusieurs agences européennes et internationales, elle collabore au projet « Reconstruire de la sécurité dans les sociétés fragmentées, se préparer à la sortie de conflit » de l’Arab Initiative Reform (ARI).

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